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 Haïti : urgence, traumatisme et adoption

Depuis une quinzaine de jours, des enfants arrivent à Orly et Roissy ; 70 % ont moins de trois ans. 7, 30, 40, 61 enfants selon les vols sont ainsi débarqués en France depuis le tremblement de terre d’Haïti. Ils sont hagards, prostrés, tenus dans les bras de secouristes tout aussi bouleversés et silencieux face à des enfants qui ne réagissent pas, qui ne réagissent plus. Sont-ils toujours vivants, psychiquement ?  

Ces enfants, ces tout-petits, ces bébés même, ont vécu un événement traumatique majeur. Il ne s’agit pas tant du tremblement de terre que des conséquences néfastes de celui-ci sur leur vie et leurs repères. En quelques heures, ils ont été dans le chaos total d’un tremblement de terre, avec des adultes perdus, submergés de peine, de désespoir et d’impuissance. Certains  sont blessés, d’autres ont erré seuls pendant des heures, d’autres abandonnés …  

Ils se trouvent en situation de deuil traumatique non seulement parce qu’ils ont été confrontés à un risque de mort imminente mais surtout par ces multiples pertes qu’ils ont dû subir en quelques jours : perte de leurs figures d’attachement, de leurs repères et comme si cela n’était pas suffisant, perte de leurs racines, de leurs habitudes.  
Ce n’est pas tant la catastrophe de ce tremblement de terre que la manière dont ses conséquences ont été traitées qui risque de faire une trace traumatique durable dans leur histoire de ces enfants.

De l’autre côté, il y a des parents qui sont à des niveaux d’élaboration de leur parentalité bien différents : de rares parents ont déjà rencontré leur enfant (12%), la majorité ne les connaît qu’en photos (63%) et certains ont juste un prénom mais pas même une photo (25%). Il y a aussi des frères et des sœurs bouleversés dans leur rapport à cet enfant venu d’ailleurs et, pour certains, dans des états de réactivation traumatique de leur propre histoire d’enfants adoptés.
Le tremblement de terre et le retour des enfants ont violement court-circuité leur démarche  d’adoption.

Dans un tel contexte, comment penser la rencontre entre cet enfant et ces familles ?
Comment pouvoir s’imaginer qu’en quelques heures, dans un aéroport aux conditions d’accueil précaires, tout ce processus de construction autour de cette nouvelle filiation va pouvoir se faire ? Comment ne pas craindre les effets de déculturation et de désaffiliation si aucune étape n’est prévue avec du temps pour que chacun, enfant et parents, aille l’un vers l’autre ?

Les conséquences traumatogènes d’un tel événement (le tremblement de terre ET cette adoption précipitée) dépendront de ce qui pourra leur en être dit, de ce qui pourra être mis en place pour réassurer au plus tôt ces enfants et leur permettre d’intégrer ces multiples ruptures subies.

Ce qu’ils viennent de vivre se surajoute tout en réactivant les traumas antérieurs. Et l’adoption n’annulera pas la dette traumatique, même avec un amour infini des parents adoptants.

Enfance Majuscule
enfancemajuscule@wanadoo.fr

 

 

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